En ce jour anniversaire, une fois de plus, tout comme cela est malheureusement le cas chaque année, les autorités seront absentes des commémorations. Comme c’est le cas depuis que nous sommes entrés dans la féconde période des bicentenaires napoléoniens, on semble avoir peur de rappeler la patrie, démontrer que jadis il y a eu une France, une France glorieuse, victorieuse et indomptée. Si le peuple s'en souvenait, songez donc !
Quoi! est-ce de l'étranger qu'on a peur ? Mais alors, pour plaire à l'étranger faudra-t-il donc rayer de notre histoire tous les noms de victoires, jeter à la voirie Tolbiac et Denain, Iéna et Fontenoy, Austerlitz et Solferino? Faudra-t-il, Français abaissés, que nous ne réclamions pour nôtres, que nous n'inscrivions sur nos portes jadis triomphales, que les noms d'Azincourt, de Poitiers, de Rosbach, de Malplaquetet de Waterloo? Faudra-t-il préparer, pour les fossoyeurs de notre histoire une litière de nos vieux drapeaux, et confondant dans une même honte l'oriflamme de Philippe-Auguste et l'étendard de Louis XIV, les aigles de l'Empire et les piques de la Révolution, jeter par brassées à leurs pieds tout l'honneur, toute la gloire, toutes les victoires de la patrie ?
Non, ce n'est pas de l'étranger qu'on peut avoir peur. Quoi,l’on redouterait que le peuple se souvînt de ses grandeurs d'autrefois ? Mais brûlez alors ces livres qui racontent son histoire ; détruisez ces monuments sur lesquels le passé est inscrit; interdisez ces récits qu'illumine d'un éclat inattendu le témoignage du narrateur ; faites le silence, vous direz que vous avez fait la paix !
De quoi donc a-t-on peur? Ah! nous le savons bien, nous autres ; nous, qui sentons un coeur de peuple battre dans nos poitrines. Ce qu'on craint, c'est l'Empire, dont le Tombeau des Invalides est le symbole.
Celui-dont on a peur c'est l'Empereur, celui qui a bâti la France avec de la gloire plus qu'avec de l'airain ; celui dont l’ombre plane ici et là, celui qui est l'homme de ces derniers siècles comme il est l'homme de la France. Ils ont peur que le peuple ne le reconnaisse et ne le
d'un cri d'admiration et de reconnaissance; ils ont peur que la France ne se reporte à ce au temps-là, temps des fêtes triomphales, des rentrées victorieuses, au temps de la richesse et de la gloire, et que, les regardant après avoir contemplé l'Homme, elle s'étonne de les trouver si petits !
La légende napoléonienne n'est pas morte : dans les chambres d’étudiant, dans les « ouvriers » comme chez les « paysans », on trouve les images du vainqueur d'Austerlitz, du martyre de Sainte Hélène et quand les événements deviennent graves, quand l'avenir s'obscurcit, les regards du peuple se tournent du côté de l’Empereur. Et chaque patriote pense ce que pensait le paysan de Fiévée.
Et la France n'est pas seule à ressentir cet enthousiasme : parmi toutes les nations, même parmi celles qui ont une histoire différente de la nôtre, le nom providentiel de Napoléon est l'objet d'une universelle admiration.
Le souvenir, le recueillement, le peuple s'en charge, il aura pour lui le soleil, qui ne manque pas à ses fêtes et l'azur du ciel. Qu'on laisse faire le peuple. Lui seul est assez grand encore, malgré tout, pour pouvoir contempler en face l'homme dont il fait son Dieu I En regard des petitesses du présent, de ces fusions manquées, de ces conjonctions avortées, de ces batailles de tribune, de ces victoires d'antichambre et de ces alliances de buvettes, qu'on laisse le peuple lire son histoire !
Et ce 5 mai, c'est à l'Empire tout entier que le peuple le consacre. Il confond dans une même admiration, dans une adoration semblable, Napoléon le Grand et les soldats de Marengo et d'Iéna, ceux de Wagram et ceux d'Eylau, ceux de la Moskowa et ceux de Bautzen, ceux de Montmirail et ceux de Waterloo. Les vainqueurs d'Austerlitz n'ont leur place, là, qu'à côté des vaincus de Leipsick, et tous, soldats de la vieille et de la jeune garde, vétérans d'Egypte ou conscrits de Ligny, ceux de la première et ceux de la dernière heure, ont leur part du monument gigantesque comme ils ont eu leur part dans la gloire de l'Empire.
En ce 5 mai, nous avons voulu exprimer les souvenirs que nous inspire ce jour de deuil et de recueillement national.
Ces souvenirs disent nos vœux, nos espérances, sans qu'il soit besoin d'insister davantage. Nous avons la confiance que la Providence saura les réaliser
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